Humanizer – galerie Chenaux

Artiste :Nour Awada, Kenny Dunkan, Lenny Rébéré, Jeanne Briand, Ji-Yun

Commissariat : Jeanne Barral

15 octobre – 7 novembre 2015

Bats les masques ! Montrez-nous qui se cache derrière ce visage. Faites ressortir la figure et donc la chair, le corps, l’animal sous cette façade.

Si la tradition de la peinture est intimement liée à celle du portrait, la représentation de la figure humaine a tardé à s’exprimer comme telle. Dans l’Europe chrétienne, pendant mille ans, la figure qu’on représente, c’est celle du Christ, de Marie et des saints, qui sous des traits humains, évoquent voire représentent Dieu et le caractère divin. L’art byzantin est le sommet de la transcendance et tout sur le tableau est régi par des codes que seuls l’esprit peut comprendre. La représentation des commanditaires des tableaux (d’abord en petit, pour insister sur leur état païen) est une première évolution bientôt complétée, à la Renaissance, par le développement des portraits de princes et de riches bourgeois, en mesure de s’offrir les services des meilleurs peintres. Je vois une deuxième révolution suite à la Première Guerre mondiale. Les gueules cassées par les nouvelles armes et les estropiés des tranchés semblent avoir modifié complètement la représentation de l’humain. Les cubistes vont ainsi géométriser puis simplifier à l’extrême la représentation des hommes et des femmes.

Parallèlement, l’abstraction va achever cette transformation. Les icônes religieuses ont laissé la place au carré noir sur fond blanc de Malévitch. S’ouvre alors une longue période de mise à dos de la vieille peinture figurative, et de la contemporanéité abstraite.

Mais un peintre, parvient à sortir de cette dichotomie : c’est Francis Bacon, qui peint en 1944 Trois études de figures au pied d’une crucifixion. Comme Gilles Deleuze, j’y vois l’issue à l’opposition abstraction / figuration. Deleuze la décrit comme la logique de la sensation : le visage a disparu au profit de la figure, qui a pour fonction de rendre sensibles des forces qui ne le sont pas par elles-mêmes.

Les cinq artistes présents dans cette exposition sont pour moi dans cette même démarche. Ils ne se posent plus la question de l’opposition entre le figuratif et l’abstrait, ils ne se posent même pas la question du medium utilisé : ils passent tous de la sculpture à l’installation, du dessin, à la vidéo, de la performance à la photographie. Une chose les lie, et c’est ce dont il est question dans cette exposition : c’est une certaine façon de rendre la figure humaine présente et tangible, sans la représenter, ni se contenter de l’évoquer. Tous les cinq proposent à leur façon des présences humaines, incarnées, charnelles, grimaçantes, parfois inquiétantes.

Bienvenue dans cette armée humaine.

 

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