Unlimited

L’année dernière, à la soirée de clôture du Salon de Montrouge, une installation vidéo avait attiré mon œil. Non seulement, elle sortait clairement du lot, mais en plus de cela, elle semblait n’appartenir à aucun courant, ne relever d’aucun discours préfabriqué sur l’art contemporain. Elle faisait appel à nos sens. Et en plus, elle me disait quelque chose. Je me suis donc exclamée : Ah mais c’est génial ça ! Je connais !

Dans mon dos, un grand brun ténébreux m’a répondu.

–  Ah bon ? Mais où avez-vous déjà vu cela ?

– Bonsoir, mais, enfin, mais, je ne sais plus bon dieu ! Je crois me souvenir que c’était à une soirée carte blanche à Xavier Veilhan au Tokyo Art Club.

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Ni une, ni deux, il s’agissait évidemment de l’artiste, Guillaume Delaperriere de son petit nom, et il avait bel et bien diffusé ses vidéos sur 4 écrans synchronisés. Mon amie Myriam Ben Salah qui travaille au Palais de Tokyo avait donné carte blanche à Xavier Veilhan, qui avait invité Guillaume Delaperriere à présenter ses créations vidéo.

Depuis, je suis allée le voir plusieurs fois dans son atelier.

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Guidé par le son avant tout – il vient de l’univers musical et a longtemps réalisé des clips et collaboré avec Air, Phoenix – il opère comme un chef d’orchestre. Piochant des sons dans des vidéos musicales ou non (des extraits de live de Michael Jackson, ou d’un morceau classique, des crissements de pneus d’une voiture dans une course poursuite tirée d’une série TV), en fait des boucles hypnotiques qu’il insère dans une installation vidéo sur quatre écrans. Chaque écran diffuse alors un « sample » à la fois visuel et audio, et la totalité de l’installation produit une harmonie nouvelle et entêtante.

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Extrait de Dharavi Orchestra.

S’il utilisait au début des images trouvées sur le Net ou extraites de documentaires, séries, etc. , il filme dorénavant ses propres images sonores. Après une immersion totale au Portugal qui donna le fascinant Lisboa Orchestra, il a découvert l’Inde (Bombay), où il a filmé des hommes au travail. A partir des images qu’il y a tournées, il a créé l’installation Dharavi Orchestra. Les séquences avec le potier marchant autour de son pot selon un savoir-faire ancestral, sont magnifiques à la fois par leur signification sociale et leur plasticité même. Les sons de la ville, des gestes répétitifs, nous emportent, de la même façon qu’on se sent emporté par les flux humains, d’odeurs et de circulation dans ce pays envoûtant.

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Extrait de Dharavi Orchestra.

Guillaume Delaperriere cherche les points de tension liés au son, les thèmes qui reviennent. Il s’intéresse au découpage cyclique du temps en musique appliqué à l’image. L’idée de la boucle revient avec l’image du potier tournant autour de la jarre, de la voiture qui dérape à 360°. Elle nous entraine dans une valse à mille temps, « unlimited », comme dans la vidéo Drums Unlimited. L’hypnose permet de quitter le temps, de le séquencer, le répéter, de créer un cycle. La perception d’une boucle sonore et visuelle qui revient se modifie à mesure de sa multiplication et chaque retour d’une séquence provoque chez le spectateur un sentiment différent et renouvelé.

Guillaume Delaperriere, à travers sa démarche résolument artistique, raconte des histoires en musique et en images, confronte les temporalités pour créer du sens et démontre ainsi le pouvoir infini de la musique en tant que matière plastique.

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