Giulia

Ca faisait longtemps que je voulais écrire un article sur Giulia Andreani, et ce n’est qu’aujourd’hui, après une longue absence estivale que je me lance pour vous raconter notre dernière discussion, dans son atelier.

J’ai découvert son travail, à l’occasion du salon de Montrouge 2012, auquel elle a participé, attestant encore une fois de la fonction de plate-forme pour artistes émergents de ce salon. Nous nous sommes ensuite rencontrées lors de l’exposition L’Abri que j’organisais au mois d’avril à la galerie Michel Journiac avec mes collègues du master STE de la Sorbonne, et pour laquelle elle a produit une grande toile et une série d’aquarelles.

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Les thèmes

Giulia, c’est avant tout une couleur : le gris de Payne, qui est en fait un bleu sombre dans lequel on décèle du noir et du rouge. Mais ce sont aussi des thèmes, qu’elle emprunte à l’histoire universelle, se nourrissant quotidiennement de lectures, d’images d’archives et de films qui tous évoquent un pan, souvent sombre, de notre passé. Fascisme italien, Trente glorieuses, dictatures maoïstes ou staliniennes, elle explore le côté obscur de l’Histoire. C’est dans cette teinte grise qu’elle peint personnages tyranniques ou inconnus notoires, créant l’ambiguïté, cherchant la limite entre le beau et le terrible, dérangeant notre tranquillité, figurant l’incompréhensible.

L’engagement ou la polémique

Du traitement qu’elle fait de ces thèmes, historiques et politiques, on pourrait la qualifier d’artiste engagée. Elle préfère se dire polémique. Elle ne cherche pas le vrai, la solution unique, mais bien les discussions, l’interrogation, les questionnements plutôt que le discours préfabriqué. Volontiers féministe, version XXIème siècle, souhaitant plus que tout voir son pays d’origine se débarrasser une bonne fois pour toute de Mussolini et de ses héritiers, dénonçant le pouvoir patriarcal, elle n’est pas une femme politique. C’est une artiste, en plein dans son temps, qui pense et surtout crée. Elle s’autorise le droit de se contredire, pour mieux nous mettre en garde.

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The first day, aquarelle sur papier, 22 x 30 cm, 2013, courtesy de l’artiste

La belle peinture

Giulia est d’une génération d’artistes qui dénigre la peinture, lui préférant l’installation, la performance, ou d’autres formes plus radicales de création. Mais peu importe, elle est attirée par « la belle peinture », sa perfection formelle, son caractère esthétique, presque décoratif. Elle se sent proche des peintres réunis en 2012 au Lieu Unique à Nantes par Eva Hober lors de l’exposition « La belle peinture est derrière nous » : Axel Pahlavi, Damien Deroubaix, Youcef Korichi. Elle a participé cet été à la deuxième édition de cette exposition, en Slovaquie. Quel que soit le degré de figuration de son travail, elle revendique cet aspect et surtout le plaisir qu’elle prend à peindre. Elle ne renoncerait jamais à ce médium par snobisme et le trouve au contraire jouissif et jubilatoire. Ca fait plaisir de l’entendre !

Mais lorsqu’on peint, de façon esthétique, des choses que l’on reconnaît, comment peut-on encore dire que c’est de l’art contemporain, et non une ré-interprétation d’un courant passé ? Il suffit d’interroger Giulia pour se rendre compte que ses questionnements sont d’aujourd’hui. Elle se demande tous les jours comment assumer la peinture figurative, sans se culpabiliser, mais pour avancer. Certes, elle connaît ses classiques, elle a étudié l’histoire de la peinture allemande du XXème siècle à nos jours, et y a mieux compris des peintres comme Richter, ou la nouvelle école de Lepizig (Neo Rauch par exemple) mais cela l’enrichit d’autant plus et il est certain qu’elle crée bel et bien dans les années 2010. Il s’agit dans ses toiles d’interroger le statut de l’image, notamment en la comparant à la photographie, de remettre en question les sources d’une telle image, de savoir d’où elle vient.

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Faire sens

Ce qui m’intéresse dans le parcours de Giulia, c’est aussi sa façon de prendre des décisions, de donner des directions à son travail. Elle a très vite compris que le temps de la peinture, c’est-à-dire de sa gestation, est différent de celui de la monstration, qui va plus vite, et encore plus de celui du marché. Alors qu’elle commence à émerger, à avoir des demandes de collectionneurs, de galeristes, à exposer, être présente sur les salons, elle sent qu’il lui faut se préserver pour ne pas perdre le sens de son travail. Elle a dû se séparer de certaines toiles, vendues trop vite, et regrette de ne plus les avoir sous les yeux pour progresser dans la bonne direction. J’ai trouvé touchant de voir à quel point se séparer d’une toile pouvait être problématique, combien l’unité du travail et son développement pouvaient supplanter des logiques marchandes. Créer, m’a-t-elle dit, c’est chercher, poursuivre une idée fixe, la creuser, et résister autant que faire se peut à l’impératif économique. Une belle leçon.

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2 réflexions au sujet de « Giulia »

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